• Philippe Vallat

COVID-19: approche systémique (8)

Résultats des travaux de cours relatifs à l’approche systémique appliquée à la crise COVID-19, dans le cadre du

Séminaire de recherche « Gestion de projets socio-techniques complexes »;

Master en Politiques et Management Publics, 23-25 novembre 2020, UNIL/IDHEAP

Arbër Beqa, Lucas Romy, Dr Philippe Vallat


1 Cadre général

2 Introduction théorique

3 Thème 1 : Crise sanitaire

4 Thème 2 : Vaccination

5 Thème 3 : Société post-covid

6 Thème 4 : Confiance dans les autorités

7 Thème 5 : Indicateurs

8 Synthèse et conclusions

9 Méta-discussion


8 Synthèse et conclusions

8.1 Regards sur la crise COVID-19

La réflexion durant le séminaire nous a conduit à porter un regard neuf sur la crise COVID-19 : ainsi, il n’existe pas de solution unique (pas même le vaccin), il est impossible de prédire l’avenir, notre société va irréversiblement changer.

Nous avons constaté que les décideurs politiques suisses ne font que réagir à la situation, sans réelle anticipation des conséquences humaines, sociales, politiques, économiques, institutionnelles. Cette complexité montre les failles du processus de décisions politiques et de son manque d’anticipation au niveau le plus élevé. A toujours devoir courir après la pandémie, nous n’avons pas pu, ni su “dominer” cette crise, d'où l'intérêt de changer son prisme d’analyse. En effet, comment ne pas s’inquiéter du manque de clairvoyance, de vision stratégique des décideurs politiques ? Cette observation nous pousse à une réflexion holistique. Ainsi, la gestion de la complexité ne peut être appréhendée qu'au travers d’une approche « rationnelle », nous en avons vu les limites. D'où la pertinence d’appliquer une pensée systémique à ce genre de situation.


8.2 La pensée complexe

Nous nous sommes familiarisés à la gestion de la complexité. La crise multidimensionnelle provoquée par la COVID19 représente un enjeu de taille pour le système politico-administratif helvète. Les futurs décideur-e-s helvétiques devront se confronter à des thématiques de plus en plus complexes (crises climatiques, de la biodiversité, énergétiques, sociales) et ont besoin de maîtriser les outils et méthodes pouvant les aider à structurer leurs pensées et à décider avec lucidité. Afin d’appréhender la complexité, des connaissances interdisciplinaires couplées à une pratique de la gestion des problèmes socio-techniques préparent les étudiant-es dans leurs futures tâches. Tel était le but de ce séminaire. En effet, nous avons appris à gérer l’incertitude, le manque d’informations, les données lacunaires et partielles, et également les émotions qui sont liées à ces circonstances, pour pouvoir développer des politiques publiques pertinentes et efficientes, au vu des données actuelles. Il s’agit donc d’embrasser la complexité, d’explorer l’incertitude, d’apprendre à apprendre, puisque la connaissance seule n’est pas suffisante et change rapidement.


Le séminaire nous a contraint à ouvrir la réflexion : imaginer les relations entre les problèmes, prendre en compte que rien n'est acquis, faire face à l’incertitude et à sa propre ignorance et impuissance, considérer le stress que cette complexité génère, accepter et assumer la subjectivité inhérente à toute considération systémique. La complexité du travail a demandé une vraie remise en question des systèmes de pensée, elle demande aussi beaucoup de patience, d'humilité et un sens de l'écoute. Basculer d’un mode de penser linéaire, logico-déductif à un mode de pensée systémique est un processus d’apprentissage pas toujours très confortable à vivre, car il peut remettre en question plus fondamentalement la manière de voir le monde et le lien à ce qu’on appelle « la réalité ».


8.3 Réflexions didactiques

Nous avons appris à réfléchir de manière collective, en ligne, et sur un sujet complexe et où l’information est lacunaire et partielle. Nous avons compris qu’il n’est pas pertinent d’être des experts du COVID 19, ce qui a surtout compté c’est notre flexibilité, notre intérêt pour le sujet, notre capacité à apprendre vite et à s’adapter. Cela est rendu possible grâce à une intelligence collective, où nos intelligences individuelles ne sont pas sommées (intelligences collectées) mais bien multipliées (intelligence collective). De plus, l’application MIRO a permis de suivre et de s’inspirer en temps réel des travaux des autres groupes : cette visibilité en temps réel nous a permis d’intégrer des éléments de réflexion auxquels nous n’aurions en temps normal pas pensé.


9 Méta-discussion

Plusieurs constats peuvent être faits de ce séminaire :


Suspendre le jugement est ardu : très vite, des notions comme « corona-sceptique », « anti-vax » ou « complotiste » s’invitent dans les réflexions et les discussions. Il est important pour accéder à une réflexion de qualité d’identifier et thématiser ces étiquettes, pour pouvoir les mettre de côté.


Aborder un thème aussi complexe et émotionnellement chargé que la crise COVID-19 est un défi pour les étudiant.es. Défis multiples : travailler sur un sujet relativement inconnu, avec des approches inconnues, avec des camarades inconnus, sous contrainte de temps, dans un cadre inconfortable (à distance), alors que chacun.e de nous a des opinions et des émotions en lien avec le thème. En ce sens, le séminaire est un modèle de la vraie vie.


Dans le discours publics et médiatiques, il est fait grand cas de lexpertise. Certains d’ailleurs prétendent à ce que seuls les experts (à comprendre comme médecins, virologues ou épidémiologistes) aient voix au chapitre et qu’on les « laisse travailler ». Cela relève d’une croyance collective que la science, celle qui se fait en conditions de laboratoire contrôlées, serait en tout temps et toutes circonstances supérieures à l’empirisme.

Or dans ce séminaire, il n’y avait aucun.e expert.e, et même plus intéressant aucun.e scientifique. Néanmoins, le dispositif semble démontrer une fois de plus (car c’est un phénomène bien connu[1]), que ce n’est pas la qualité des expertises individuelles mais bien plus la qualité de la collaboration qui permet d’amener des réflexions de qualité.


Qu’est-ce qui a permis d’aboutir à des résultats qualitativement remarquables dans des circonstances somme toute particulières ?

  • Il y a bien sûr les approches en elles-mêmes : les outils tirés de la systémique, des sciences de la complexité.

  • Il y a aussi, et cela n’a pas été rendu visible dans la présentation de la méthode comme des travaux, que le cours s’appuie sur des ressources essentielles dans la complexité : la présence et la sécurité psychologique[2]. Ainsi, chaque séquence de travail en plénière démarrait par un moment de détente guidée (on peut appeler cela relaxation, ou méditation, peu importe), sans obligation ni prosélytisme de quelconque sorte, visant à ralentir le rythme de pensée, à se connecter à son corps, son cœur et son esprit (des intelligences multiples), et à se connecter entre participant.es au-delà des distances.

La version finale du rapport peut-être téléchargée ici:

IDHEAP_Working Paper 2021-2_Vallat et al
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Download • 6.21MB

[1] https://philippesilberzahn.com/2017/06/26/prediction-pourquoi-les-experts-se-trompent-plus-que-les-chimpanzes/, consulté le 14.1.2021 [2] La sécurité psychologique ou comment démystifier l'apprentissage en situation de travail, Mornata Cecilia, E. Bourgeois & S. Enlart. Apprendre dans l'entreprise. Paris: Presses universitaires de France. 2014, p. 177-191, https://archive-ouverte.unige.ch/unige:34614 , consulté le 14.1.2021

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