• Philippe Vallat

COVID-19 : avons-nous les bons objectifs et les bonnes stratégies ?

Mis à jour : févr. 4

Depuis le début de cette crise, on nous serine qu’il faut « réduire le nombre d’infections », et que pour cela il faut « réduire les contacts ». En même temps, on peut observer une lassitude au sein de la population, dont la confiance dans les autorités diminue, et une colère dans les gouvernements cantonaux. Plusieurs voix commencent à s’élever pour émettre un constat d’échec (qui n’est pas une chasse aux coupables) face aux décisions prises et stratégies déployées.

Je vais m’exposer à nouveau avec mes propos. Merci de vous abstenir d’injures, attaques ad hominem et autres procès d’intention à mon égard et considérer – ou pas – le fond de ce début de réflexion, à laquelle vous être invité.e.s à contribuer qualitativement.


Oser poser des questions critiques

Dans de telles circonstances, il est sain de poser des questions qui peuvent, certes, déranger, mais qui doivent permettre de garder la lucidité :

  • Les stratégies décidées sont-elles en train de fonctionner ?

  • Si non, pourquoi ? N’est-ce qu’une question de comportement de la population ?

  • Dans le domaine des comportements humains, est-ce qu’il y a encore de la marge de manœuvre dans cette stratégie pour faire une différence tant attendue ? Et à quel prix ?

Et si tout cela devait nous indiquer que nous nous posions les mauvaises questions et n’avions pas compris le problème correctement ?


Apprentissage appréciatif

Dans la logique systémique, selon l’approche « probe-sense-respond » du modèle Cynefin pour les enjeux complexes, la clé est dans la capacité collective d’apprentissage. Autant le faire de manière appréciative, tel que décrit ici :


« Indépendamment de nos constats, nous comprenons et croyons profondément que chacun a fait du mieux qu’il peut, étant donné ce qu’il savait au moment donné, ses compétences, les ressources disponibles et les particularités de la situation.»

«On est toujours plus intelligent après». Évidemment, nous allons découvrir des décisions et actions que nous aimerions bien avoir faites autrement. C’est une sagesse à célébrer plutôt qu’un jugement pour agresser ou ridiculiser.


J’ai bien conscience que ce qui se vit est très difficile pour tout le monde : les personnes malades et leurs proches, le personnel soignant, les autorités et tant d’autres, nous tous en fait. Remettre en question les réflexions et décisions n’a pas pour but d’attaquer ni de nier quoi que ce soit, mais de développer avec lucidité et courage des connaissances utiles pour les prochaines décisions et actions. Ne pas oser s’exprimer étant une cause fréquente de catastrophes majeures, je continue, modestement à ma petite échelle, de proposer quelques réflexions pour aller de l’avant. Et je peux me tromper.


Présupposés et hypothèses de travail

De manière à ce que les bases de ma réflexion soient transparentes, voici quelques présupposés, qui nécessitent donc vérification, sur lesquels je m’appuie :

  • La pandémie actuelle n’est pas une crise sanitaire « majeure » en termes de santé publique : la population n’est pas en train d’être décimée par le virus, la mortalité n’étant pas supérieure à celle induite par d’autres problèmes de santé publique (tabagisme et alcoolisme pour ne citer que ceux-ci) ;

  • La surcharge du système de santé n’est pas tant la conséquence de la pandémie que des politiques menées dans ce secteur ces dernières années. Les capacités sont régulièrement à la limite, ne laissant que très peu de réserve à disposition pour les événements majeurs tel que l’actuelle pandémie ;

  • La crise est plus de nature sociale que sanitaire : les effets négatifs sur la société (économie et emploi, santé etc.) se manifestent déjà et vont durer ;

  • La question, politique et juridique, de la proportionnalité des mesures prises est ouverte et devrait encore être débattue ;

  • Les perceptions sur la gravité de la crise divergent grandement ;

  • La communication des autorités et le relais médiatique qui en est fait est anxiogène et ne décrit pas avec suffisamment de différenciation et transparence ce qu’il se passe ;

  • La crise est un événement multifactoriel : beaucoup de ces facteurs, tels que la dangerosité et mutabilité du virus, la météo, la génétique etc, échappent à toute maîtrise humaine. Nous comprenons et contrôlons beaucoup moins que ce que nous souhaiterions ;

  • Il existe beaucoup de confusion et incompréhension sur les chiffres, indicateurs et descriptions, avec une terminologie parfois inappropriée, y.c. par les autorités : p.ex. « cas positifs » au lieu de « tests positifs », confusion entre infection SARS-COV2 et maladie COVID-19 etc.

  • Certainement qu’existent des jeux politiques (au sens large), aux niveaux cantonal, fédéral et international, qui influencent le système, et qui sont largement invisibles.

Regard systémique

Voici une proposition, évidemment subjective et non-validée « scientifiquement, » de la transmission du virus dans la population humaine. On se rappellera ici l’adage que « tous les modèles sont faux, certains sont utiles ». Il s’agit donc d’une « aide à penser », pour générer de la connaissance, connaissance complémentaire à celle déjà existante. (Cliquer pour voir en ligne).


Quel est le problème ?

A ce stade, il apparaît que la réponse à cette question n’est pas évidente. Le problème est-il que :

  • Un virus circule et infecte des humains ? et/ou

  • Les personnes infectées tombent malades ? et/ou

  • Les malades sont nombreux et affectés gravement ? et/ou

  • Des gens meurent ? et/ou

  • Beaucoup /trop de gens meurent ? et/ou

  • Le système de santé est débordé ? et/ou

  • Tout cela se passe en trop grande quantité, absolue ou relative ? et/ou

  • Tout cela se passe trop vite (pic), ou trop longtemps ? et/ou

  • Tout cela se passe géographiquement de manière trop localisée, ou trop étendue ? et/ou…

Si l’on observe les indicateurs publiés officiellement, nous n’en n’avons que relativement peu, et nous ne savons pas beaucoup de choses :

  • Quelle est la proportion des personnes non à risques qui tombent malades, avec quelle gravité ? Quel est leur profil ?

  • Quelle est la proportion des personnes malades qui guérissent sans avoir recours à des soins médicaux (hospitalisations) ? Quel est leur profil ?

  • Quelle est la proportion des personnes testées positives, asymptomatiques, qui ne tombent pas malades ? Quel est leur profil ?

  • Combien de personnes sont-elles infectées par des personnes positives et asymptomatiques ? Quel est le profil des personnes infectantes?

  • Quelle est la proportion de la population aujourd’hui immunisée ? Quel est leur profil ?

  • Etc.

Peut-être que ces données existent, je n’y ai pas accès. Communiquer ouvertement sur ces données pourrait pourtant être de nature à augmenter collectivement la compréhension de la situation.


Il y a ici une double contrainte: il y a divergences dans la compréhension de la situation, et inconnues sur les approches à adopter pour traverser la crise. Selon le modèle de complexité de Stacey, c'est le quadrant en haut à droite.



Quelle stratégie?

Actuellement, à entendre les propos du Conseil fédéral, il semble que l’inquiétude majeure concerne le système de santé. Comme dit précédemment, il n’y a pas lieu de répondre maintenant à la question « comment en sommes-nous arrivés là », mais plutôt « que peut-on faire immédiatement » ?

Si la question est la surcharge du système de santé, alors ce qui doit inquiéter les autorités est le nombre de personnes qui tombent malades, du COVID-19 ou d’autres pathologies, et dans quelles circonstances elles le font. Le nombre de tests positifs, comme le taux de reproduction, indiquent comment le virus circule, mais pas comment se développe la morbidité.

Il y a ici une zone d’ombre, un non-dit implicite, entre « nombre de personnes infectées » et « surcharge du système de santé ». Ce raccourci logique, qui nous paraît bizarre avec un peu de bon sens, conduit à focaliser sur la réduction des infections. Or le lien causal suivant est sujet à caution : « plus les mesures de réduction des contacts sont sévères et bien suivies, moins le système de santé est surchargé ». Pourtant cela pourrait être plus complexe, comme proposé de manière très simplifiée ici :

Pistes à suivre

Encore une fois, mon regard est partiel, limité, subjectif, et comporte certainement des choses erronées. Néanmoins, il pourrait être intéressant de réfléchir à

  • Une description du système qui soit partagée et fasse du sens

  • Une vision et des objectifs clairs et partagés

  • Une remise en question des stratégies actuelles.

L’obstacle majeur à cela est de nature psycho-sociale : besoin de cohérence, peur de perdre la face, peur d’abandonner une piste connue (même si elle est mauvaise). Cela nécessitera du courage, et aussi de l’indulgence.

“War tends to slaughter the sacred cows. It’s better to slaughter our sacred cows ourselves rather than to lose a war.”

Gen Mark McMilley


Quelques sources :

Posts récents

Voir tout

Avenue de la Gare 1, 1700 Fribourg / Vers l'Eglise 27, 1583 Villarepos

info [at] comitans [.] ch

Philippe 079 788 12 48 / Catherine 079 648 19 85

©2020 by COMITANS