• Philippe Vallat

Peut-on «tester» le coaching ?

Mis à jour : juil. 14

Faites-vous – ou demandez-vous – un premier entretien de coaching gratuit et sans engagement ? Je sais que certain-e-s collègues ont cette pratique, ou que certain-e-s client-e-s le demandent. Cela m’a toujours questionné: une interaction entre coach et coaché-e « sans engagement » ?

Récemment sollicité avec une telle demande, j’ai eu à me questionner sur cette manière de cadrer un processus de coaching. Et j’ai finalement décliné. Voici ma réflexion. J’utilise régulièrement la métaphore du/de la coiffeur-se, du/de la dentiste ou de l’avocat-e pour parler de coaching : comment choisir ? C’est une décision individuelle, importante. Car il s’agit de confier à quelqu’un d’inconnu quelque chose qui m’est précieux : ma coiffure ou mon apparence, ma dentition, mes secrets, ma psyché. Quelles stratégies alors déployer pour faire le « bon » choix ? Inspiré des approches de Palo Alto, je considère qu’il n’y a pas de « non-coaching », de « non-engagement ». Toute interaction avec le/la potentiel-le client-e – un individu, une équipe, une organisation – est intervention dans un système, et ce dès le premier contact. On ne peut pas ne pas communiquer, on ne peut pas ne pas interagir, donc on ne peut pas ne pas coacher, pour paraphraser Watzlawick.

Que pourrait-il donc bien se passer dans un « entretien préalable » de coaching ou d’accompagnement, hors les questions de cadre (temporel, commercial, déontologique) ? Et même là, ces discussions sur le cadre permettent d’emblée au/à la coach de créer le lien, de modéliser son/sa potentiel-le client-e, de comprendre le contexte, de commencer à cartographier son problème, voire même de proposer les premiers recadrages ou de saupoudrer quelques suggestions. Dans un entretien qui ne serait pas encore du coaching, il est très difficile pour le/la coach de ne pas coacher, de s’abstenir de coacher, de faire du « small talk sans engagement ». Je perçois un tel cadre plutôt comme un piège pour le/la coach : le piège de devenir dès le premier entretien partie du problème de son/sa potentiel-le client-e. Par complaisance pour obtenir le mandat. Et quant à savoir si je suis un accompagnant adéquat, je préfère être jugé dans l’exercice de mon métier plutôt que dans un entretien de « vente ».

Dans mon approche, je suis fortement guidé par le premier principe du serment d’Hippocrate, « primum non nocere », d’abord ne pas nuire. Il est la base d’une croyance de précaution déontologique: si je n’y prend pas garde, le coaching pourrait ne pas toujours faire du bien. Or il est possible de nuire au processus de coaching dès le premier entretien, dès le premier contact même : je l’ai déjà fait (dixit ma supervision), et des collègues me l’ont aussi rapporté. Par manque de conscience et de présence, je pourrais être tenté de baisser la garde sous prétexte qu’on ne fait « que » boire un café pour apprendre à se connaître. Et commettre ainsi par inadvertance des impairs contreproductifs pour le processus de coaching, des erreurs stratégiques. Revenons à la métaphore du/de la coiffeur-se, du/de la dentiste, ou de l’avocat-e. Dans ces métiers non plus, il n’y a guère d’entretien préalable : il s’agit de s’assoir dans le fauteuil, et de s’exposer. Quant au résultat, il ne pourra être apprécié qu’après, et pas avant. Pour faire son choix avant, il y a d’autres moyens de se renseigner. Que peut vouloir dire une demande d’entretien préalable ? Cela peut être un indice (pas une évidence) que la personne – ou l’institution – a un besoin de contrôler, également la relation et le processus de coaching. Or à mes yeux la responsabilité du cadre et de son respect incombe au/à la professionnel-l-e de l’accompagnement. Poser le cadre est, à mes yeux, un acte stratégique, déterminant pour le processus de coaching ; certains éléments de ce cadre (temps, espace, finances, règles) sont négociables, d’autres ne le sont pas.

Cela peut aussi vouloir indiquer que la personne n’est pas encore entièrement prête à prendre un risque ou à déployer l’énergie requise. Car le coaching est un processus engageant, émergeant, à l’issue incertaine : cela peut changer les choses de manière inattendue, agréablement ou pas, cela peut fonctionner, ou pas. Et le cadre pose des petites contraintes – bienveillantes et dans l’intérêt du processus – à surmonter pour démarrer.

Donc, chez moi on coache. Immédiatement. Un cadre est convenu. On y va, ou on n’y va pas. A quelque part, il n’y a pas de distinction claire, ni un déroulement linéaire entre acquisition – clarification de la demande – convention sur le cadre – coaching – clôture. Tout est coaching, du tout début à la toute fin. C’est un type de coaching qui entre en matière très directement, et qui peut ne pas convenir à tout le monde. Il se fait désirable ou répulsif très rapidement. Et j'aime autant que la demanderesse éprouve un respect pour la démarche, sa démarche. Comme c’est d’emblée du travail, la première séance est évidemment payante, l’argent étant à mes yeux un indicateur de la disponibilité à s’engager. Dans ma vision du monde, les personnes, équipes et institutions que j’accompagne méritent toute mon attention et toute ma compétence, avec bienveillance et détermination, et ce dès le tout début. C’est une manière de faire, celle qui me convient, qui ne saurait être la seule ni forcément la meilleure en toutes circonstances.

Et vous, quelles sont vos expériences et pratiques ?

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